le pays au fil des siècles
Des origines antiques
En Comtat Venaissin, les sites néolithiques d’habitat et de production de silex sont nombreux.
En 46 av. JC, Carpentorate (Carpentras), centre d’échange de la tribu celte des Méminiens, devient un relais routier des colonies romaines. L’arc romain, au centre de Carpentras, en est le digne témoin. L’ordre social et la paix romaine de cinq siècles amènent à la région une prospérité économique liée à l’agriculture : en attestent les villae (fermes antiques) découvertes au pied des Dentelles de Montmirail, du mont Ventoux et des monts de Vaucluse. L’artisanat et les échanges, grâce à un réseau efficace de voies principales et secondaires, se développent. L’impact de cette époque est encore grand dans le tracé de nos chemins, le positionnement des centres urbains et le parcellaire agricole.

Le Moyen-âge : un territoire sous protection pontificale
Terre appartenant au Saint Empire Romain Germanique, la région est soumise durant le haut Moyen-Age à nombre d’invasions et de guerres de pouvoir. Le système féodal apparaît, laissant émerger de nouvelles familles comtales. La christianisation précoce, dès le IIIème siècle, amène les évêques à jouer un rôle prépondérant dans l’administration des cités. Du VIème au Xème siècles, les habitants du Comtat délaissent la plaine pour se réfugier sur les hauteurs. Venasque, cité fortifiée, devient résidence épiscopale.
La Réforme de l’Eglise, lancée au XIème siècle, entraîne la construction de nouveaux édifices de style roman. Les institutions charitables religieuses se développent : hôpitaux, lazarets et les ordres mendiants (franciscains, dominicains, carmes...) font leur apparition au XIIIème siècle.
En 1226, après la défaite du Comte de Toulouse qui avait pris parti pour l’hérésie albigeoise, celui-ci, suzerain du Comtat Venaissin, doit céder le territoire à l’Eglise en signe d’allégeance. Les créations, d’une part de l'Etat pontifical et, d'autre part de la Principauté d’Orange (à laquelle appartiennent Gigondas et Suzette) vont singulariser pendant des siècles le destin de la région.
Le Pape Clément V arrive en ses terres et séjourne au début du XIVème siècle à Malaucène et Carpentras, en alternance avec Avignon. Il est le premier des sept papes d’Avignon. La présence du souverain pontife donne un essor inespéré à l’économie locale en termes de commerce, de finance et d’artisanat mais aussi de développement artistique, intellectuel et diplomatique. Terre d’asile des Juifs chassés du Royaume de France, ceux-ci vont développer au cours des siècles une importante communauté aux traditions et à la langue spécifiques. Les Etats Pontificaux du Comtat Venaissin et d’Avignon restent propriété du pape jusqu’à la Révolution française.
La Renaissance : entre prospérité et Guerres de religion
Le pape quitte le Comtat à la fin du XIVème siècle, laissant la gestion à une succession de légats. Ces personnages puissants, diplomates avisés et souvent de nationalité française vont ainsi participer aux resserrements des liens avec la France. La seconde moitié du XVIème siècle est marquée par les luttes sanglantes des Guerres de Religion. L’histoire de nos villages atteste de la prise régulière de certains bourgs par les Huguenots venant d’Orange, bastion de la Réforme, et de leur libération par les troupes catholiques.
Le bel âge des XVIIè et XVIIIè siècleS
La prospérité de ces deux siècles transforme les centres médiévaux. L’urbanisme moderne gagne peu à peu le territoire : hôtels particuliers, cours à promenade rythmées de fontaines…
Les arts s’italianisent sous l’influence des légats puis vice-légats désormais italiens : le baroque fait son entrée avec succès dans les églises, couvents et maisons privées.
La France, à la fin du XVIIIème siècle, est de plus en plus présente dans la politique, les échanges et la culture. Les événements de la fin du siècle vont accélérer le cours des choses.
Et le Comtat devint français...
Dès 1789, de graves agitations dans le Comtat, soutenues par l’écho des événements en France, se généralisent. Le Comtat, majoritairement fidèle au pape, connaît alors une guerre civile face aux Avignonnais favorables au rattachement à la France.
1791 est l’année la plus sanglante de cet épisode, les villages se ralliant les uns après les autres à Avignon tandis que Carpentras supporte plusieurs sièges derrière ses remparts.
Toutefois, après des mois de consultation, le rattachement est adopté le 14 septembre 1791. Le territoire fait alors partie de la Drôme, la région d’Avignon des Bouches-du-Rhône.
Ce n’est qu’en 1793 que sera créé le département de Vaucluse, réunissant les anciens adversaires.
Le dynamisme des XIXè et XXè siècles
Durant le XIXème siècle, la population double.
L’habitat, dispersé dans les campagnes, se développe et les villes et villages se débarrassent de leurs fortifications pour pouvoir croître et laisser place aux cours et aux boulevards marqués par les influences de l’architecture républicaine. Les grands travaux d’irrigation, ainsi que l’arrivée du train, permettent le développement d’une agriculture intensive, qui fait du Comtat « le jardin de la France », aux paysages si caractéristiques de champs bordés de haies de cyprès.
Au XXème siècle, les villages perchés sont délaissés en faveur de l’habitat en plaine, plus proche des exploitations.
Les conflits du siècle amènent leur lot de victimes et, si pendant l’entre-deux guerres, plus de la moitié des habitants sont agriculteurs, la proportion tombe très vite dès les années 50. Mais le dynamisme du monde rural permet de maintenir la qualité des paysages et son attractivité.
Le saviez-vous ?
Un héritage juif rarissime
L’installation des premières communautés juives dans les villes du Comtat Venaissin s’est faite dès l’Antiquité. Puis, au cours des siècles, d’autres communautés juives sont venues se réfugier dans les villages du Comtat, au fur et à mesure qu’elles étaient chassées des royaumes d’Europe : Philippe IV le Bel chasse ainsi les Juifs de France en 1306. En effet, en terre pontificale, les Juifs, sont par tradition biblique, les protégés du pape. Des communautés se développent dans les villages même si elles sont soumises à de nombreuses restrictions. Ces dernières se durcissent à partir du XVIème siècle, obligeant les Juifs à quitter les villages pour se regrouper dans les trois « carrières » de Carpentras, Cavaillon et L’Isle-sur-Sorgue. Avec la Révolution française, les Juifs du Comtat deviennent des citoyens français comme tous ceux du territoire national, et sont alors libres d’habiter où bon leur semble.
A Carpentras, allez visiter la synagogue, une des plus anciennes de France !


